mon auto-Portrait:Il y avait aussi
Liam Kinder.
Liam Kinder ne rentrait plus dans ses 38. Elle avait une petite poitrine. Liam Kinder souriait tout le temps. Liam Kinder aimait particulièrement l'idée de savoir qu'elle avait été invitée. Liam aimait les soirées à la mangue même si elle préférait celles au Mangoa . Liam Kinder devait toujours être accompagnée mais ne supportait pas qu'on la suive. Elle dansait le Madison, le moderne jazz et le rock'n'roll devant des centaines de personnes, mais se sentait incapable de danser aux soirées du camping. Liam Kinder n'était pas d'origine allemande. Liam Kinder lisait Ambrose Bierce, Baudelaire et Maupassant. Liam Kinder « n'était pas assez religieuse » et ne croyait qu'au dieu de la connerie. Liam Kinder adorait écrire quand l'inspiration la frappait mais trouvait souvent une certaine puérilité à ses textes. Liam Kinder adorait la musique, le cinéma, le théâtre, la danse et le dessin et rêvait souvent qu'elle ferait parti du monde des artistes. Liam Kinder n'avait pas peur du ridicule. Elle était immunisée. Liam Kinder était gourmande. Liam Kinder aimait faire rire. Liam Kinder ne surportait pas la politique. Elle se disait toujours qu'il fallait voter puisque qu'on s'était battu pour ça. Elle se disait toujours que le jour où elle voterait, ce serait vert ou convaincue. Liam Kinder buvait du jus d'orange à Noël et du Malibu au Premier de l'An. Liam Kinder prétendait détester la bière mais raffolait du Monaco. Liam Kinder écoutait Nirvana, Pauline Croze, Anaïs, Patrice, Jaques Brel et Damien Saez. Liam Kinder était fragile. Liam Kinder adorait le shopping et essayait de se persuader qu'elle n'était pas un « fashion victim' ». Ses initiales désignaient le titre en anglais d'un dessin animé de Disney qui lui avait mit la larme à l'½il à cinq ans et la faisait pleurer à seize.
Liam Kinder était immature.
Liam Kinder aimait la vie.
J'en sais quelque chose : Liam Kinder c'est moi.
Oui, je m'appelle Liam Kinder, comme le chocolat. J'ai 18 ans et je viens de recevoir un message. Amis, études, la vie d'une adolescente se résume à ça. A 18 ans l'histoire de votre vie résonne à votre oreille comme les titres d'une anthologie saezienne : avec une « génération ratée », quelques petits « jeunes et cons » qui, s'ils suivent tranquillement le chemin de l'adolescence, se retrouvent rapidement dans une lutte commune, celle de « sauver notre étoile ».
Donc je ne fais pas de 95 B, ne rentre plus dans un 38, flotte a merveille dans un 40, et ai des mollets deux fois plus gros que la moyenne; c'est dire l'irrégularité de ma morphologie. A côté de moi, une théllière est l'image même de la perfection humaine féminine. Pourtant, chez beaucoup, je suscite envie, ou jalousie ; selon la mentalité. Il est vrai que je ne suis pas grosse, mais on ne connaît toujours que ses défauts. Je suis gourmande, trop sûrement, puisque la mode est au filiforme bien formée, et que mes kilos préfèrent mes fesses à ma poitrine. Il aurait été préférable que la donne soit inversée.
Mon physique, particulier, se découpe en deux moitiés, elles même divisées en plusieurs parties. Comme des membres que l'on aurait séparés de leur corps pour les assembler et en former un seul défiant toutes les lois de la proportionnalité.
La première moitié, mon visage, que j'aurais plus de facilité à nommer « ballon », se compose, comme chez toute les personnes normalement constituées, d'un menton, d'une bouche, d'un nez, d'yeux et d'un front. Un ballon de football. Voilà ce à quoi l'on m'associe le plus souvent. Tout est y est rond, circulaire, et parfaitement poli. Les lèvres, le nez, les yeux, même mes taches de rousseurs remplissent de parfaits cercles.
La deuxième moitié, mon corps divisé lui-même en trois parties : mon buste, mes hanches et mes jambes. Mes jambes la partie le plus discuté de mon anatomie : fines, longues et malgré la taille incommensurable de mes mollets, plus gros que la moyenne, belles. Mes hanches, fines, en apparence, mais jamais assez. Mon buste, sur lequel s'est installé et perdure depuis ma naissance un petit « ventre de bébé », un petit rond (encore un) bien remplit, durablement installé sur mes abdominaux. Et un peu plus haut, deux noyaux de cerises qui aux vues de leur taille auraient risqué de se faire ensevelir par ce petit ventre si ils s'étaient trouvés placé un peu plus bas. Liam Kinder, Liam Smarties me correspondrait mieux.
Deux minuscules Smarties de chair qu'un gourmand aurait du mal à croquer. Des « bonbons » en guise de poitrine voilà ce que la nature m'a offert. Un jour Francis Blanche a dit « Mesdames : si votre poitrine tombe posez la parterre », si j'avais été présente ce jour là, exposée à toutes ces poitrines, mon complexe se serait transformé en fierté : j'aurais été la seule de ces femmes à voir la mienne toujours fièrement tenue à ma cage thoracique.
Il est possible qu'avec l'âge et la pilule, mes Smarties se transforment en M&M's. Seulement voila, dans ma famille, le mot « poitrine » n'a pour ainsi dire jamais prit de sens. Et pendant que mes mollets enflent, que mon ventre grossit et que mes hanches s'élargissent, mes deux dragées de chocolat me semblent fondrent un peu plus chaque jour. C'est la grande inquiétude de ma vie : ma poitrine continuera-t-elle à fondre jusqu'à se faire ensevelir par ce ventre grossissant ? Certaines personnes s'angoissent de la mort du vieux, malade et trop puissant Ben Laden, de la fin de leur série préférée ou de ne pas avoir le téléphone portable, mp3, caméra et appareil photo dernier cri ! Laissez moi rire, mon supplice à moi est plus urgent, il est sur ma carcasse, c'est une morphopsychose !
Imaginez une jeune fille à la poitrine quasi-inexistante, dont le châssis s'élargit de jours en jours, et vous aurez une vision à peu près nette de l'héroïne de ce roman. Après ça, que l'on ne m'accuse pas d'être prétentieuse .
Pastiche de F.Beigberder dans "Mémoire d'un jeune homme dérangé"